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des notes de lecture

Notes de lecture

n° 7, avril 2000

Philippe DUBOIS (dir.), L'EFFET-FILM, MATIERES ET FORMES DU CINEMA EN PHOTOGRAPHIE (cat. exp.), Lyon, galerie Le Réverbère II, 1999, n. p., ill. NB et coul., 30 F.

Comment, aujourd'hui, le cinéma innerve-t-il la démarche des artistes utilisant la photographie, la vidéo, les installations? C'est en identifiant des espaces d'interférence, de "métissage des formes et des matières", que Philippe Dubois propose une réponse. Arrêts sur image, tremblements du temps, étalements dans l'espace, écrans et projections, chambres (noires) et boîtes: telles sont les figures où s'incarnent les relations entrelacées du cinéma et de la photographie. Ce sont autant de zones circonscrites dans les sections d'une exposition itinérante (Lyon, Lectoure, Cherbourg) rassemblant quinze artistes et conçue à l'invitation de Catherine Dérioz et Jacques Damez de la galerie du Réverbère II à Lyon. Commentant les oeuvres avec finesse, le texte de ce petit catalogue a le grand mérite d'établir les prolégomènes de la réflexion. Travailler dans des territoires où se croisent cinéma et photographie fournit un moyen de revenir sur les définitions ontologiques des deux médiums et d'en discuter l'autorité depuis l'intérieur. Les photogrammes de films (Éric Rondepierre, Henri Foucault, Victor Burgin) constituent en ce sens le premier, et exemplaire, "noyau dialectique". Les images arrêtées, prélevées du continuum de défilement, se situent au-delà de la photographie et en deçà du cinéma, elles font surgir une zone-limite où l'on peut questionner le statut de l'image (fixe, animée; visible, invisible; tangible, virtuelleÉ). De même, lorsque la photographie cherche à inscrire le mouvement dans les flous, les filés, les bougés (Hervé Rabot, Didier Morin, John Hilliard), elle mime les tremblements de l'image cinématographique, en fige les imperceptibles saccades et touche à nouveau à une problématique qui traverse l'histoire des deux médiums; celle de la captation et de la représentation du temps. Interroger les limites passe, pour certains artistes, par le choix de revisiter les modèles historiques que sont la chronophotographie (Jean-Louis Gonnet, Emmanuel Carlier sur Muybridge) et le panorama (Christian Lebrat, Jeff Guess, Bernard Bonnamour); modèles et dispositifs où se construit précisément la translation, la jonction de la photographie et du cinéma. C'est également le cas de l'installation d'Éric de Kuyper jouant des références à toutes les boîtes optiques du XIXe siècle. À travers les dispositifs, les artistes reviennent sur les "procédures communes aux deux régimes d'images" telles que la projection dont rendent compte de manière conceptuelle les écrans de Jean-Pierre Bertrand et d'Hiroshi Sugimoto ou, sous une forme plus spectaculaire, une installation d'Alain Fleischer, dont l'oeuvre est particulièrement significative de cette problématique de la transgression des frontières entre photographie et cinéma, jusqu'à l'indiscernable.

Nathalie Boulouch